Sur l’île de Principe, petit joyau volcanique du golfe de Guinée, Mark Shuttleworth mise sur une idée aussi simple qu’inédite : rémunérer les habitants pour préserver la biodiversité dont dépend son business touristique.
L’entrepreneur sud-africain, pionnier de la tech et fondateur du groupe d’écotourisme de luxe HBD, développe depuis plus de dix ans un modèle touristique haut de gamme sur cette île de 140 km². Dans ses hôtels, une nuit peut coûter jusqu’à 1.500 euros. Mais son pari repose sur une ressource fragile : les forêts, les montagnes et les eaux turquoise de Principe.
Depuis février 2026, sa fondation Faya verse ainsi un « dividende naturel » aux habitants qui s’engagent à protéger leur environnement. Chaque adulte peut recevoir jusqu’à 6.250 dobras, soit environ 250 euros par trimestre, en fonction de l’état de la nature et des efforts réalisés pour la préserver.
Pour Ermelindo Mendes, 23 ans, les premiers versements sont modestes : 900 dobras, environ 36 euros. « Ce n’est clairement pas un salaire, mais ça fera l’affaire », sourit-il.
L’objectif est de faire des habitants les « gardiens de la nature » : éviter l’extraction de sable, limiter l’abattage de bois, reboiser et adopter des pratiques plus durables. L’île accueille environ 15.000 touristes par an, attirés précisément par cette nature préservée.
Mais l’initiative divise. Pour certains responsables locaux, ces paiements restent dérisoires face au coût de la vie, au manque d’infrastructures et aux difficultés d’accès aux soins et à l’éducation. Ils réclament davantage d’implication de l’État dans le développement de l’île.
Pour Faya, le « dividende naturel » ne remplace pas les politiques publiques. Il s’agit d’une expérimentation : transformer la protection de l’environnement en bénéfice direct pour les populations qui en sont les premières gardiennes.
À Principe, Mark Shuttleworth tente ainsi une expérience à double enjeu : faire du luxe une source de revenus pour les habitants et de la biodiversité un capital à protéger.




















