Au Kenya, les échecs s’invitent derrière les barreaux
« C’est un jeu social. Il nous permet de nous faire des amis et d’occuper nos esprits », témoigne Edwin Raj Walukaya, 31 ans. / AP
Au Kenya, les échecs s’invitent derrière les barreaux
A Maranjau, comme dans les 134 établissements pénitentiaires du pays, détenus et gardiens s’affrontent autour des échiquiers pour apprendre la patience, mieux réfléchir avant d’agir et développer leurs capacités de résolution de problèmes.

À la prison de Maranjau, au Kenya, les détenus troquent parfois le football ou le repos pour une partie d’échecs. Derrière les barreaux, le jeu devient un outil de réhabilitation, mais aussi un moyen de se détendre et de créer des liens entre prisonniers et gardiens.

À 27 ans, Brian Gatonye purge une peine de trois ans pour agression. Depuis son incarcération, il s’est pris de passion pour les échecs. Pour lui, chaque partie est une leçon de vie : réfléchir avant d’agir, rester calme et mesurer les conséquences de ses décisions.

« Les échecs m’ont beaucoup appris. Avant d’agir, je dois réfléchir aux conséquences… puis je joue », explique-t-il à AP.

Selon les autorités, les échecs sont désormais pratiqués dans les 134 prisons du Kenya. Le programme, développé depuis plusieurs années avec le soutien des autorités pénitentiaires, de la Fédération internationale des échecs (FIDE), de Chess Kenya et de l’ONG The Gift of Chess, vise notamment à renforcer la patience, la concentration et les capacités de résolution de problèmes.

À Maranjau, qui accueille environ 450 détenus, certains jouent également contre des gardiens formés comme entraîneurs. Une façon de créer des échanges dans un cadre moins formel.

« Les échecs enseignent à résoudre les problèmes et à réfléchir aux difficultés que les détenus rencontreront après leur sortie », souligne Humphrey Young, responsable de la prison.

Le Kenya participe aussi depuis 2024 au Championnat intercontinental d’échecs en ligne de la FIDE réservé aux détenus. Des compétitions sont également organisées entre établissements pénitentiaires du pays.

Mais les effets à long terme du programme restent encore à démontrer. Aucune étude indépendante n’a pour l’instant établi que les échecs réduisent la récidive ou améliorent durablement le comportement des détenus.

Pour beaucoup, l'essentiel est ailleurs : le plaisir de jouer, de se faire des amis et de garder l'esprit occupé.

« C’est un jeu social. Il nous permet de nous faire des amis et d’occuper nos esprits », témoigne Edwin Raj Walukaya, 31 ans.

Pour Brian Gatonye, les échecs pourraient même continuer après sa libération : « Cela apporte la paix à mon esprit et à mon cœur. »

SOURCE DE L'INFORMATION:TRT Afrika and agencies