Sénégal : Abdoulaye Wade, le “pape du Sopi”, célèbre ses 100 ans
AFRIQUE
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Sénégal : Abdoulaye Wade, le “pape du Sopi”, célèbre ses 100 ansCe 26 mai 2026, Abdoulaye Wade atteint l’âge symbolique de 100 ans. Ce brillant avocat, qui a été opposant puis président de la République, a marqué l’histoire du Sénégal et reste une figure majeure de la vie politique africaine contemporaine.
Un siècle de vie : Abdoulaye Wade, figure majeure de la politique sénégalaise et africaine. / TRT Afrika Français

Par Franck Noudofinin

Celui qui est affectueusement surnommé “Gorgui” à Dakar (“le vieux” en wolof) atteint ce mardi 26 mai l’âge respectable de 100 ans.

Premier opposant à avoir réussi une alternance démocratique au Sénégal, Wade a incarné pendant des décennies l’espoir du changement avant de voir son héritage terni par les polémiques liées à sa volonté de briguer un troisième mandat en 2012.

Voici les étapes clés d’un siècle de vie de cette figure majeure de la politique sénégalaise et africaine.

Premier opposant à avoir réussi une alternance démocratique au Sénégal, Wade a incarné pendant des décennies l’espoir du changement avant de voir son héritage terni par les polémiques liées à sa volonté de briguer un troisième mandat en 2012.

De Kébémer aux universités françaises

Né officiellement le 29 mai 1926 à Kébémer, dans le nord-ouest du Sénégal, Abdoulaye Wade appartient à la première génération d’intellectuels africains formés sous la colonisation française.

Après des études à Saint-Louis puis à Dakar, il poursuit sa formation en France, notamment au lycée Condorcet à Paris.

Il étudie ensuite le droit, l’économie et les mathématiques appliquées dans plusieurs universités françaises, notamment à Besançon, Dijon et Grenoble.

Titulaire d’un doctorat en droit et en sciences économiques, il débute une carrière d’avocat au barreau de Besançon avant de retourner au Sénégal.

Une carrière d’avocat et d’universitaire respecté

À Dakar, Abdoulaye Wade devient professeur agrégé de droit et doyen de la Faculté des sciences juridiques. Il ouvre également son cabinet d’avocat dans la capitale sénégalaise.

Reconnu pour ses compétences juridiques, il intervient comme consultant auprès de plusieurs institutions africaines et internationales, notamment l’Organisation de l’Unité Africaine (aujourd’hui Union Africaine) et la Banque africaine de développement. Cette double casquette d’universitaire et d’avocat forge son image d’intellectuel rigoureux et ambitieux.

Le long combat de l’opposition

En 1974, Abdoulaye Wade fonde le Parti démocratique sénégalais, le PDS.

Face au pouvoir socialiste de Léopold Sédar Senghor puis de Abdou Diouf, il devient progressivement la principale figure de l’opposition sénégalaise.

Pendant près de vingt ans, il multiplie les candidatures à l’élection présidentielle : 1978, 1983, 1988 et 1993.

Battu à chaque fois, il construit néanmoins une solide base populaire autour du slogan “Sopi”, qui signifie “changement” en wolof.

Ce long parcours dans l’opposition fait de lui le symbole de la résistance politique au régime socialiste installé au pouvoir depuis l’indépendance du Sénégal.

2000 : l’année de l’alternance historique

Le 19 mars 2000 marque un tournant majeur dans l’histoire politique du Sénégal.

Après un second tour décisif face à Abdou Diouf, Abdoulaye Wade remporte l’élection présidentielle.

Le 3 avril 2000, à l’âge de 74 ans, il prête serment au stade Léopold-Sédar-Senghor devant des dizaines de milliers de Sénégalais.

Il devient ainsi le troisième président de la République du Sénégal et surtout l’artisan de la première alternance démocratique du pays après quarante ans d’indépendance.

Son accession au pouvoir suscite un immense espoir populaire. Wade promet alors modernisation, infrastructures et renouveau démocratique.

Un second mandat entre réalisations et critiques

Réélu dès le premier tour en 2007 avec plus de 55 % des voix, Abdoulaye Wade lance plusieurs grands projets d’infrastructures et cherche à renforcer le rayonnement international du Sénégal.

Il joue également un rôle important dans la promotion du NEPAD, programme africain de développement économique et politique.

Mais au fil des années, les critiques se multiplient.

L’opposition accuse Wade de personnalisation excessive du pouvoir et dénonce la montée en puissance de son fils Karim Wade au sein de l’appareil d’État.

2012 : la candidature de trop

La crise éclate véritablement en 2011 lorsque Abdoulaye Wade annonce sa volonté de briguer un troisième mandat présidentiel. Une grande partie de l’opposition, de la société civile et de la jeunesse considère cette candidature comme anticonstitutionnelle.

Le Mouvement du 23 juin mobilise des milliers de manifestants dans les rues de Dakar et des principales villes du pays. Les protestations contre ce que certains qualifient de “coup de force constitutionnel” deviennent l’un des épisodes politiques les plus tendus de l’histoire récente du Sénégal.

Malgré la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel, Wade est finalement battu au second tour de l’élection présidentielle par son ancien Premier ministre Macky Sall le 25 mars 2012.

Un centenaire au destin hors norme

Aujourd’hui centenaire, Abdoulaye Wade reste une figure incontournable de l’histoire politique sénégalaise.

Admiré pour avoir permis l’alternance démocratique de 2000, critiqué pour les dérives de sa fin de règne, Abdoulaye Wade laisse derrière lui un héritage complexe mais majeur.

À 100 ans, “Gorgui” entre définitivement dans l’histoire comme l’un des rares anciens chefs d’État africains à avoir traversé un siècle entier tout en restant au cœur du débat politique de son pays.