Pourquoi Ebola frappe la RDC plus que tout autre pays ?
AFRIQUE
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Pourquoi Ebola frappe la RDC plus que tout autre pays ?La RD Congo a connu plus d'épidémies d'Ebola que n'importe quel autre pays au monde. La géographie, l'insécurité, les infrastructures faibles créent les conditions idéales pour que cette maladie mortelle revienne encore et encore.
Des agents de la Croix-Rouge désinfectent l'hôpital de Rwampara, avant de manipuler le corps d'une personne décédée d'Ebola. / Reuters

Pourquoi Ebola revient-il en République démocratique du Congo plus souvent que partout ailleurs dans le monde ? Les scientifiques estiment que la réponse se situe à l’intersection de la géographie, des conflits, de systèmes de santé fragiles et d’un virus en constante évolution.

La RDC a connu 17 flambées d’Ebola — plus que tout autre pays. Chaque résurgence met à nu la même vérité douloureuse : Ebola n’est pas seulement une crise médicale en RDC.

C’est une crise façonnée par l’écologie, l’insécurité, les infrastructures et les inégalités.

La géographie du danger

À la différence de nombreux pays où Ebola apparaît de façon sporadique, la RDC se trouve en première ligne de l’existence écologique du virus.

Selon le Dr Nicksy Gumede-Moeletsi, conseillère régionale de l’OMS pour l’Afrique et virologiste, la géographie de la RDC la place directement dans l’habitat naturel d’Ebola.

« La RDC reste l’épicentre des flambées d’Ebola, en grande partie parce qu’elle se situe dans la niche écologique naturelle du virus, où les transmissions zoonotiques depuis des réservoirs sauvages comme les chauves‑souris se produisent plus fréquemment », explique-t-elle à TRT Afrika.

Dans de vastes régions forestières où les humains vivent à proximité de la faune, les événements de transmission sont beaucoup plus probables.

La chasse, la consommation de viande de brousse, la déforestation et les interactions quotidiennes entre humains et animaux augmentent toutes l’exposition aux animaux infectés portant le virus.

Le virus aime le chaos

Mais la géographie seule n’explique pas pourquoi les flambées prennent une telle ampleur.

De nombreux foyers d’Ebola en RDC se situent dans des zones minées par des conflits armés et une insécurité chronique. Les agents de santé travaillent souvent sous la menace, tandis que des communautés entières sont déplacées par la violence. Les conséquences pour le contrôle des flambées sont dévastatrices.

« Les conflits et l’insécurité compliquent fortement les efforts de riposte contre Ebola en restreignant l’accès aux communautés touchées, en mettant en danger les soignants, ainsi qu’en perturbant ce qui a été lancé en matière d’activités de surveillance », déclare Gumede‑Moeletsi.

Dans les zones de conflit, même les stratégies de base telles que recherche des contacts, tests, isolement, campagnes de vaccination et sensibilisation communautaire, deviennent extraordinairement difficiles.

Les déplacements de population accélèrent en outre la transmission, alors que des familles fuient des régions instables et peuvent potentiellement transporter le virus dans de nouvelles communautés.

Le problème des infrastructures

L’immense superficie de la RDC et ses infrastructures limitées aggravent encore la difficulté.

« L’un des plus grands défis du pays est son manque d’infrastructures, car l’épicentre de la flambée actuelle est une zone difficile d’accès », observe Gumede‑Moeletsi.

Des villages reculés reliés par des routes en mauvais état, des télécommunications limitées et des systèmes de transport faibles peuvent retarder l’arrivée des équipes médicales et des fournitures de plusieurs jours voire de plusieurs semaines.

Dans les flambées d’Ebola, de tels retards peuvent être mortels.

Les urgences sanitaires exigent de la rapidité. Mais dans de nombreuses régions de la RDC, la riposte rapide demeure structurellement difficile.

Un système de santé fragile

Les flambées récurrentes mettent également en lumière la fragilité des systèmes de santé dans les régions affectées.

« Des mesures inadéquates de prévention et de contrôle des infections ont tendance à augmenter la probabilité d’une transmission non détectée », explique la virologiste.

Sans systèmes de surveillance solides, les flambées se propagent souvent silencieusement avant que les autorités puissent les identifier et les contenir.

« Ainsi, ces lacunes seules permettent aux flambées de croître avant même qu’elles ne soient reconnues ou efficacement gérées. »

Les travailleurs de la santé eux‑mêmes sont fréquemment parmi les plus vulnérables.

L’insuffisance d’équipements de protection, des cliniques surchargées et une formation limitée peuvent transformer des établissements de santé en foyers de transmission plutôt qu’en centres de confinement.

Comment l’Afrique de l’Ouest a brisé le cycle

Les flambées récurrentes en RDC contrastent avec l’Afrique de l’Ouest, qui a subi une épidémie catastrophique d’Ebola entre 2014 et 2016 mais a en grande partie évité depuis des reprises à grande échelle.

L’épidémie a dévasté la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone ; la Sierra Leone enregistrant le plus grand nombre de cas et le Libéria le plus grand nombre de décès.

Plus de 11 000 personnes ont perdu la vie dans la région pendant cette épidémie, ce qui en fait la plus meurtrière de l’histoire d’Ebola.

« L’Afrique de l’Ouest a en grande partie évité des reprises à grande échelle grâce à une coordination régionale renforcée, à l’amélioration des systèmes de surveillance et à des investissements durables dans la préparation », indique Gumede‑Moeletsi.

La région a tiré des leçons sévères de l’épidémie, et les gouvernements ont renforcé la coordination transfrontalière, investi dans la préparation, amélioré la surveillance des maladies et formé des équipes d’intervention rapide.

« L’Afrique de l’Ouest a démontré que l’investissement dans la surveillance et les réseaux, la formation des agents de santé et le maintien d’une capacité de réponse rapide peut réduire significativement l’impact des flambées. »

Mais Gumede‑Moeletsi met en garde : les solutions ne peuvent pas simplement être copiées et collées en RDC, en raison du contexte unique du pays, en particulier dans les zones affectées par le conflit.

Un virus en mutation

La flambée actuelle ajoute une complication : la souche impliquée n’a pas de vaccin approuvé.

« Pour ce type de souche d’Ebola (Bundibugyo), malheureusement, il n’existe pas de vaccin », précise Gumede‑Moeletsi.

Alors que des vaccins existent pour la souche Zaire d’Ebola, de nouvelles souches et variantes continuent d’émerger au fur et à mesure que le virus mute.

À mesure que le virus change génétiquement, les vaccins plus anciens peuvent devenir moins efficaces.

« Malheureusement, c’est ainsi que le virus survit », estime la virologiste.

Cette course aux remèdes évolutive est l’une des raisons pour lesquelles Ebola reste une menace persistante.

L’engagement communautaire

Malgré les progrès scientifiques, l’un des outils les plus puissants contre Ebola demeure l’engagement des communautés.

Les personnes vivant dans les zones touchées sont invitées à éviter tout contact direct avec des individus symptomatiques, à se faire tester rapidement et à coopérer avec les autorités sanitaires.

Gumede‑Moeletsi souligne que l’engagement communautaire est crucial, en notant que la méfiance, la désinformation et la peur ont sapé des réponses antérieures à Ebola en RDC.

Sans confiance du public, même les meilleures interventions médicales peuvent échouer.

Au‑delà de la réponse d’urgence

La crise d’Ebola en RDC révèle une réalité plus large sur la sécurité sanitaire mondiale : les flambées prospèrent là où les systèmes sont les plus faibles.

Ebola continue de frapper la RDC non pas parce que le pays manque d’expérience face à la maladie, mais parce que les conditions qui permettent la transmission (exposition écologique, insécurité, pauvreté, infrastructures faibles et systèmes de santé fragiles) restent profondément ancrées.

Tant que ces vulnérabilités structurelles ne seront pas traitées, le pays risque de continuer à livrer la même bataille meurtrière, encore et encore.