Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité vendredi en faveur d’une brève prolongation de l’embargo sur les armes visant la région soudanaise du Darfour, tandis que se poursuivent les négociations autour d’une proposition controversée des États-Unis visant à étendre cet embargo à l’ensemble du pays, afin de faire pression sur les parties belligérantes pour qu’elles mettent fin à plus de trois années de conflit.
La difficulté de cette initiative pour les États-Unis et leurs alliés est apparue clairement dans les déclarations faites après le vote. La Russie, qui dispose d’un droit de veto au Conseil et soutient le gouvernement soudanais dans son conflit avec les forces paramilitaires, a promis de s’opposer à toute extension de l’embargo.
“Nous ne permettrons pas le moindre élargissement des restrictions imposées par le Conseil au Soudan”
« Nous ne permettrons pas le moindre élargissement des restrictions imposées par le Conseil au Soudan », a déclaré la vice-ambassadrice russe à l’ONU, Anna Evstigneeva, affirmant que Moscou avait clairement fixé ses « lignes rouges » lors des négociations à huis clos.
Le Conseil de sécurité avait imposé un embargo sur les armes au vaste territoire du Darfour après le déclenchement des violences en 2003, lorsque des rebelles avaient pris les armes contre le gouvernement soudanais, alors dirigé par Omar el-Béchir. Le gouvernement avait riposté par des frappes aériennes et une offensive terrestre menée avec l’appui de milices nomades arabes locales, connues sous le nom de Janjawid, accusées de massacres à grande échelle et de viols. Jusqu’à 300 000 personnes seraient mortes dans ce conflit et 2,7 millions avaient fui leur domicile.
Lors d’une réunion du Conseil le 24 août, les États-Unis avaient appelé à un embargo sur les armes à l’échelle nationale afin de pousser l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF) à négocier la fin des combats, qui ont débuté en avril 2023.
La guerre actuelle a fait au moins 59 000 morts, selon les estimations, même si des organisations humanitaires avertissent que le bilan pourrait être beaucoup plus élevé. Quelque 13 millions de personnes ont été déplacées et certaines régions du pays sont confrontées à la famine, faisant du Soudan l’une des pires crises humanitaires au monde.
Anna Evstigneeva s’est interrogée sur les raisons qui poussent les États-Unis à vouloir étendre l’embargo aujourd’hui, alors que les forces gouvernementales « disposent d’un avantage certain sur le terrain », et non en 2023, lorsque les RSF menaçaient la capitale Khartoum et d’autres villes.
Selon elle, c’est le gouvernement qui garantit l’unité et les institutions du pays et protège les civils.
La Chine a également exprimé ses réserves. Son vice-ambassadeur à l’ONU, Sun Lei, a averti qu’un élargissement de l’embargo pourrait aggraver la situation humanitaire et entraîner une fragmentation du Soudan, ce qui menacerait la stabilité régionale.
L’ambassadeur du Soudan auprès de l’ONU, Al-Harith Mohamed, a estimé qu’un embargo total sur les armes serait contraire à la Charte des Nations unies, qui garantit aux États le droit à l’autodéfense ainsi qu’à leurs forces armées de produire et d’acquérir des armes pour protéger leur souveraineté.
“C’est inacceptable et nous refusons de simplement entériner une nouvelle année de statu quo”
Mais le vice-ambassadeur américain Jeffrey Bartos a affirmé qu’une nouvelle prolongation de longue durée de l’embargo sur le Darfour « n’est pas une option ». Il a qualifié le dispositif actuel d’« obsolète » et d’« insuffisant pour répondre aux réalités de la guerre aujourd’hui ».
Il a également appelé le Conseil à sanctionner les personnes responsables d’« actes horribles », notamment les violences sexuelles, les enlèvements contre rançon et les attaques contre le personnel humanitaire.
« L’inaction signifie davantage de souffrances et de morts », a averti Jeffrey Bartos. « C’est inacceptable et nous refusons de simplement entériner une nouvelle année de statu quo ».












