Par Pauline Odhiambo
Lorsque la mer a commencé à engloutir la parcelle d'igname de son père, Bernard Koffi, pêcheur du village de Hillacondji, au Bénin, avait déjà appris à lire les humeurs de l'océan. Pendant des années, l'embouchure du Mono — une artère vitale pour le transport local et l'agriculture — n'a cessé de se déplacer, devenant plus large et plus agressive.
« L'eau respectait la terre », confie Bernard à TRT Afrika en se tenant sur un morceau de terre qui se trouvait à deux cents mètres du rivage. « Aujourd'hui, elle vient jusque chez nous. Nous perdons un peu plus à chaque saison des pluies. »
Il y a seulement quelques semaines, Bernard a entendu une nouvelle qui a fait basculer son sentiment de désespoir vers un espoir prudent. La Banque mondiale a approuvé un financement de 240 millions de dollars ciblant directement les crises qui recomposent son littoral.
Ce financement visera spécialement la stabilisation de l'estuaire de la Bouche du Roy et de l'embouchure du fleuve Mono — les mêmes eaux qui menaçaient sa communauté.
« Ils disent qu'ils vont renforcer le rivage et replanter les mangroves », dit-il en désignant une zone humide dégradée. « Si les mangroves reviennent, les poissons auront où se cacher et se reproduire. Pour nous, ce n'est pas seulement l'environnement ; c'est notre compte en banque. »
Combattre les inondations
Le programme, connu sous le nom de West Africa Coastal Areas Blue Economy and Resilience Programme (WACA+), arrive à un moment critique. Les zones côtières d'Afrique de l'Ouest comptent parmi les régions les plus dynamiques économiquement du continent, mais des décennies d'érosion, d'inondations et de dégradation environnementale — aggravées par le changement climatique — ont coûté des milliards aux économies régionales.
Pour des pays comme le Bénin et la Mauritanie, où une large part de la production dépend des infrastructures côtières, du tourisme et de la pêche, la menace est existentielle.
La nouvelle initiative vise à protéger plus d'un demi-million de personnes des ravages de l'érosion et des inondations tout en générant environ 13 000 emplois rien que pour sa première phase.
En Mauritanie, le danger se profile juste aux abords de la capitale. Dans les quartiers côtiers tentaculaires de Nouakchott, les habitants vivent dans la crainte permanente des tempêtes d'hiver qui font s'abattre les houles atlantiques contre des dunes fragiles. Pour Fatimetou Mint El Arbi, conserveuse de poisson et mère de quatre enfants, les dunes sont la seule barrière entre sa petite entreprise et le désastre.
« Quand la mer percute, l'eau salée détruit tout. Elle inonde les routes, et nous ne pouvons pas acheminer le poisson au marché. La prise pourrit, et nous perdons tout », explique‑t‑elle.
« Économie bleue »
Dans le cadre du nouveau financement de la Banque mondiale, la Mauritanie recevra des fonds pour renforcer le système de dunes qui protège la capitale des vagues de tempête.
Mais pour Fatimetou, l'aspect le plus transformateur du programme n'est pas seulement les barrières physiques : c'est l'inclusion économique. L'initiative comprend un mécanisme de garantie partielle de crédit destiné à débloquer jusqu'à 20 millions de dollars de nouveaux prêts spécifiquement pour des entreprises de transformation du poisson comme la sienne.
« Mon plus grand ennemi a été la banque », reconnaît Fatimetou.
« Ils voient une femme avec un foyer qui fume et ne voient pas une entreprise. Si ce programme nous aide à obtenir des prêts pour acheter de meilleurs congélateurs et des espaces de stockage, nous pourrons arrêter de perdre nos produits à la marée et commencer à nous développer. »
Le directeur régional de la Banque mondiale, Chakib Jenane, qui évoquait la vision plus large derrière le financement, a souligné l'urgence de l'effort.
« Les communautés côtières d'Afrique de l'Ouest sont en première ligne du changement climatique », déclare Jenane, en précisant que le programme réduirait l'exposition à l'érosion et aux inondations pour plus de 500 000 personnes.
Le programme WACA+ s'appuie sur des initiatives régionales antérieures qui ont financé des digues et l'alimentation en sable des plages, mais ses concepteurs mettent davantage l'accent sur ce qu'ils appellent « l'économie bleue ».
Formation et restauration des écosystèmes
Au‑delà des infrastructures, le projet restaurera jusqu'à 3 000 hectares de mangroves et de zones humides côtières — des barrières naturelles contre les inondations qui servent aussi de frayères essentielles pour les poissons.
Simultanément, il fournira une assistance technique, des formations et des financements aux micro, petites et moyennes entreprises dans des secteurs allant de l'aquaculture et de l'écotourisme aux services maritimes.
D'ici 2031, plus de 31 000 personnes devraient bénéficier de formations et de programmes de développement des entreprises, les phases futures de l'initiative régionale visant à soutenir finalement plus de 50 000 emplois.
Alors que le soleil se couche sur le fleuve Mono, les travaux n'ont pas encore commencé. Mais pour la première fois depuis des années, les habitants qui observent l'eau ont le sentiment que l'investissement en faveur de leur survie commence enfin à être à la hauteur de la menace. L'océan, espèrent‑ils, est sur le point de redevenir leur plus grand atout.
Pour Bernard au Bénin, la promesse de formations et de restauration des écosystèmes ouvre un avenir au‑delà de la pêche de subsistance.
« Nous ne demandons pas à la mer de disparaître », dit‑il. « Nous demandons à apprendre à vivre avec elle. S'ils réparent l'estuaire et nous apprennent à travailler dans le tourisme ou l'aquaculture, mes fils n'auront pas à partir pour chercher du travail. »














