Le 8 mai 1945, alors que la France célèbre la victoire contre l’Allemagne nazie, l’Algérie bascule dans l’une des pages les plus sombres de son histoire coloniale. À Sétif, Guelma et Kherrata, des manifestations nationalistes réclamant davantage de droits et l’émancipation du peuple algérien sont violemment réprimées par les autorités coloniales françaises.
Ce jour-là, dans les rues de Sétif, des milliers d’Algériens défilent avec des slogans en faveur de la liberté et brandissent pour la première fois le drapeau algérien aux côtés du drapeau français. Lorsque le jeune Bouzid Saâl refuse d’abaisser l’emblème national algérien, la police ouvre le feu et le tue. Sa mort a déclenché une révolte populaire qui s’étend rapidement à plusieurs villes et villages de l’est algérien.
La riposte française est brutale. L’armée, l’aviation et les milices coloniales sont mobilisées. Des villages sont bombardés, incendiés et des milliers d’Algériens arrêtés. Pour Alger, ces massacres ont fait jusqu’à 45.000 morts, un chiffre contesté par les autorités françaises mais profondément ancré dans la mémoire collective algérienne.
Pour de nombreux historiens et responsables algériens, ces événements constituent le véritable point de rupture entre le peuple algérien et la puissance coloniale française. Les espoirs d’égalité et de réformes portés par les nationalistes modérés s’effondrent, laissant place à la conviction que seule la lutte armée permettra l’indépendance, obtenue finalement en 1962 après huit années de guerre.
Depuis 2020, l’Algérie commémore officiellement le 8 mai comme une « Journée nationale de la Mémoire », en hommage aux victimes des massacres coloniaux. Les autorités algériennes continuent d’exiger de la France une reconnaissance claire et officielle de sa responsabilité dans ces crimes.
Cette année, la visite à Sétif de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, marque une nouvelle étape symbolique dans le travail mémoriel entre les deux pays. L’Élysée a évoqué des « événements tragiques » et appelé à regarder « la vérité de l’histoire en face ». Mais en Algérie, beaucoup estiment que les gestes symboliques ne suffisent plus et réclament des excuses officielles de l’État français pour ce qui reste considéré comme l’un des plus grands massacres de l’époque coloniale.















