La mise en œuvre de l'intelligence artificielle sur le champ de bataille a atteint un point de bascule dangereux. Après un incident mortel en Ukraine, les Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) exhortent la communauté internationale à entamer, avant le sommet sur les armements en novembre, des négociations en vue d'une interdiction contraignante des armes autonomes.
Premier incident mortel impliquant un drone autonome
Le 6 juillet, une attaque menée par un drone russe Molniya a fait trois victimes civiles à une station-service à Zaporizhzhia. Une enquête du New York Times et des services de sécurité ukrainiens a révélé que le drone ne disposait pas d'antenne de radiocommunication, mais se guidait à l'aide d'images stockées du terrain et d'une puce américaine Nvidia Jetson Orin.
L'appareil a sélectionné sa cible de façon autonome, vraisemblablement un réservoir de carburant, sans intervention d'un opérateur humain. Selon le professeur Marijn Hoijtink (Université d'Anvers), la technologie militaire est en phase expérimentale active, et des grandes puissances comme la Russie et les États-Unis cherchent à perfectionner à grande échelle des systèmes autonomes.
Limite morale et contrôle humain
L'autonomie croissante des systèmes d'armes suscite d'importantes objections éthiques et juridiques. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et la présidente du CICR, Mirjana Spoljaric, affirment que l'humanité se trouve dangereusement proche de franchir une ligne rouge morale : le ciblage autonome de personnes par des algorithmes.
Le principal risque est que les systèmes d'IA ne soient pas en mesure d'apprécier des circonstances changeantes sur le champ de bataille. Une machine peut ainsi être incapable de reconnaître quand un civil pénètre par erreur dans une zone de combat ou quand un soldat est blessé et se rend.
Lutte pour des règles internationales contraignantes
À l'approche de la conférence quinquennale de révision de l'ONU à Genève, les dirigeants appellent à un traité juridiquement contraignant interdisant les armes autonomes imprévisibles et les armes antipersonnel.
La division géopolitique sur cette question est cependant importante. Alors que des pays européens plaident pour le maintien du contrôle humain et que des pays du Sud craignent qu'un retard technologique les rende plus vulnérables, les États-Unis et la Russie s'opposent à de nouvelles règles contraignantes.
Ils estiment que le droit international humanitaire existant est suffisant. Néanmoins, des experts avertissent que les décisions de vie ou de mort ne doivent jamais être confiées aux machines, afin d'éviter que la responsabilité juridique et morale ne disparaisse lors de futurs conflits.




















