Par Charles Mgbolu
Cette semaine, la ville côtière sud-africaine de Durban accueille l'Africa Travel Indaba, l'un des salons professionnels du tourisme les plus vastes et influents du continent, qui attire ministres, acheteurs de voyages, compagnies aériennes, voyagistes, hôteliers, créatifs et entrepreneurs venus d'Afrique et d'ailleurs.
Placée sous le thème « Afrique sans limites : développer l'économie touristique de l'Afrique », la manifestation de quatre jours, du 11 au 14 mai, est plus qu'une simple exposition touristique.
Elle met en lumière la manière dont les pays africains considèrent de plus en plus le tourisme non seulement comme un loisir, mais comme un moteur économique stratégique capable de créer des emplois, d'attirer des investissements et de redessiner l'image du continent à l'échelle mondiale.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa devrait inaugurer officiellement l'événement, tandis que les délégations parcourent des halls d'exposition bondés présentant tout, des safaris de luxe et des initiatives d'écotourisme au tourisme dans les townships, en passant par la gastronomie, la musique et les expériences de voyage axées sur la mode.
Pourtant, sous l'optimisme et les présentations soignées, une autre discussion a discrètement accompagné les délégations à Durban.
Contradiction
Des protestations récentes contre les immigrés en situation irrégulière dans certaines parties de la ville ont suscité des inquiétudes auprès de certaines délégations africaines en visite, jetant une ombre sur un événement fondé sur l'unité continentale et la coopération transfrontalière.
Pour de nombreux observateurs, cette tension révèle une contradiction qui touche non seulement l'Afrique du Sud mais aussi plusieurs pays africains confrontés aux pressions économiques, aux flux migratoires et au chômage : comment promouvoir la solidarité panafricaine alors que les frustrations nationales liées à la migration continuent de croître ?
Le président Ramaphosa a déclaré lundi que des « opportunistes » avaient orchestré des attaques anti-immigrés contre des étrangers, cherchant à rassurer les autres pays africains qui ont exprimé leur inquiétude pour leurs ressortissants.
La ministre sud-africaine du Tourisme, Patricia de Lille, a reconnu que certains responsables gouvernementaux africains présents au salon avaient soulevé des préoccupations concernant la sécurité.
« Oui, nous avons reçu des demandes de la part de certains ministres africains. Ils voulaient obtenir la garantie d'être en sécurité », a-t-elle déclaré au diffuseur public SABC. « Et bien sûr, par l'intermédiaire de notre ministère des Affaires étrangères (DIRCO) et des déclarations que le président a faites à l'occasion de la Journée de la liberté, nous veillerons à leur sécurité. »
Une série de manifestations anti-migrants ces dernières semaines à travers l'Afrique du Sud, ainsi que des allégations d'attaques contre des étrangers, a poussé le Nigeria et le Ghana à exprimer leur préoccupation.
Le Nigeria a annoncé la semaine dernière qu'il rapatrierait 130 de ses ressortissants.
Garanties de sécurité
À l'extérieur du centre de congrès, une présence policière visible et des agents de la circulation ont dirigé les véhicules afin de rassurer les visiteurs et de maintenir l'ordre.
Les organisateurs de l'Indaba assurent que l'événement reflétera un continent élargissant son identité touristique bien au-delà des cartes postales animalières, avec des débats explorant aussi l'influence croissante de la musique, de la mode et de la culture culinaire africaines.













