L'histoire de Sokhna Ka est à nulle autre pareille. La jeune Sénégalaise dotée d'une intelligence rare est née avec une infirmité motrice cérébrale (IMC). Diplômée en gestion des ressources humaines (MBA), Sokhna est l'exemple typique de ces personnes dont le potentiel est perçu quand la société accepte de voir au-delà du handicap.
Par Firmain Eric Mbadinga
Le quotidien de Sokhna Ka a montré ses aspects extraordinaires dès les premières lignes de l'histoire de sa vie, qui a commencé il y a à peine une trentaine d'années au Sénégal, plus précisément à la zone B, l'un des quartiers les plus connus de Dakar.
Sokhna est née avec des complications physiques qu'elle n'a pas choisies mais qui ont pourtant failli lui coûter la vie, du fait des réactions que peuvent avoir les gens quand ils décident de juger selon les apparences, par peur de l'inconnu, ou quand ils font simplement le choix de la facilité.
Tenez-vous bien, pour être née avec une infirmité motrice cérébrale (IMC), certaines personnes dans l'entourage de la mère de Sokhna ont proposé à cette dernière d'emporter le nouveau-né en forêt et de l'y abandonner.
Selon ces proches de la famille, la petite fille était, en raison de son apparence à cette époque, un génie que les esprits devaient venir récupérer.
Abandonner un nouveau-né, seul, en forêt. Il ne fait aucun doute que cette idée n'avait qu'un seul dessein : celui de se débarrasser d'une innocente vie et d'une âme qui va se révéler pleine de surprises et de talent insoupçonné.
C'est donc la bonté, la clairvoyance et l'humanisme de la mère de Sokhna qui s'opposeront à tout projet menaçant la vie de son enfant.
Soda Diallo, cette mère à qui Sokhna voue un amour et une reconnaissance sans limite, a choisi de faire du bien-être de sa fille le combat de sa vie.
Cette mère a très vite endossé sans rechigner ses responsabilités en fournissant une attention particulièrement bienveillante à sa fille.
La dame est perçue depuis comme ces héros du quotidien dont on n'entend jamais parler, pas même au cinéma.
« Pendant plusieurs années, je ne pouvais ni marcher ni m’asseoir. J’ai commencé à marcher à l’âge de 7 ans grâce à des séances de rééducation, des massages et des appareils adaptés. Aujourd’hui, alhamdoulilah, j’arrive à me déplacer presque sans aide. Mon vécu personnel a forgé ma résilience et ma vision : contribuer à bâtir une société plus inclusive, où chaque personne a sa place.» confie Sokhna à TRT Afrika.
Sokhna va grandir entre les mains protectrices de sa mère et, comme tout enfant, elle va être scolarisée. Et à l'école la jeune fille va révéler son intelligence inouïe, sa mentalité hors pair et combler sa mère de fierté.
Dans sa famille, Sokhna fait partie des plus diplômés et, dans son quartier, elle fait partie de l'intelligentsia.
Après son master, Sakhna Ka a, comme tout le monde, fait ses premiers pas dans le monde du travail. Dans un univers rude et très concurrentiel et parfois discriminatoire, elle commence par des stages.
« J’ai eu l’opportunité d’effectuer plusieurs stages au sein de structures variées. Ces expériences m’ont permis de développer de solides compétences en gestion administrative RH, en organisation et en compréhension des processus de gestion du Personnel.
J’ai ensuite rejoint Humanité & Inclusion dans le cadre du projet Emploi Handicap. Cette expérience a été particulièrement enrichissante, car elle m’a permis d’approfondir mes connaissances en gestion des ressources humaines tout en me sensibilisant davantage aux enjeux de l’inclusion des personnes en situation de handicap en milieu professionnel.. Par la suite, j’ai exercé en tant que Volontaire des Nations Unies au sein de l’UNICEF. » témoigne-t-elle.
Découvrant les qualités professionnelles et humaines de Sokhna, ses collègues ont pour la quasi-totalité manifesté solidarité et admiration pour la jeune dame. Ces derniers apprécient la personne au-delà du handicap physique.
À côté de son travail de volontaire en human resources officer à l’UNICEF, Sokhna a eu l'idée de lancer son podcast dans lequel elle encourage les personnes en situation de handicap à se considérer comme des personnes à part entière et invite la société à véritablement appliquer le concept d'inclusion.
Le titre du premier épisode est : L'humain avant le handicap, mon histoire, ma vérité.
Avec ses propres mots et sa propre voix, Sokhna parle de ses combats du quotidien.
“L’idée de ce podcast m’est venue à partir de mon propre parcours et de toutes les expériences que j’ai vécues et observées autour de moi. J’ai souvent ressenti le besoin de partager, de sensibiliser et de montrer une autre réalité du handicap, au-delà des idées reçues. Je me suis dit qu’il était important de créer un espace où la parole est libre, où l’on peut raconter des histoires vraies, humaines, et inspirantes, parler des défis que beaucoup de personnes vivent au quotidien.”
Dans cet élan, Sokhna ne tarit pas de gratitude pour saluer les efforts d'ONG, et de rares mécènes ou d’organisations locales telles que l’association G1000, qui lui avait octroyé une bourse annuelle pour couvrir ses fournitures scolaires et frais y relatifs.
L'association des anciens élèves du lycée John Fitzgerald Kennedy n'est pas en marge de sa longue liste de champions de l'inclusion sociale.
« À travers ces soutiens multiples, j’ai appris que la réussite est aussi une œuvre collective, portée par la solidarité, la bienveillance et la foi en l'autre », lance la jeune dame.
Sokhna a pour ambition de devenir une experte en ressources humaines inclusives et de contribuer à transformer les politiques RH en Afrique. Elle espère faire de sa plateforme une référence en matière d’inclusion professionnelle et impacter durablement les organisations.
Plus largement, son rêve de contribuer à bâtir une société où le handicap n’est plus un obstacle, où chaque personne a les mêmes chances de réussite.














