Le Parlement français a adopté un projet de loi sur le rapatriement des restes de peuples autochtones, qui ont été amenés des Amériques en France à la fin du XIXe siècle pour être exposés dans des jardins ethnographiques, mais qui sont ensuite décédés en raison de mauvaises conditions et sont depuis conservés dans des musées parisiens.
En vertu de cette décision historique, six corps et huit moulages appartenant aux peuples kalina et arawak des Amériques, actuellement conservés au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, seront restitués en Guyane française, leur pays d'origine.
Ces personnes, qui avaient été amenées de force en Europe à la fin du XIXe siècle, sont mortes alors qu'elles étaient exposées dans des zoos humains, et leurs restes ont été incorporés aux collections scientifiques et conservés en France pendant de nombreuses années.
Les zoos humains étaient des expositions ethnologiques populaires dans le monde occidental de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Ils restent l'un des épisodes les plus ignobles et racistes de l'histoire du colonialisme.
Dans cette pratique, des peuples autochtones d'Afrique, d'Asie et des Amériques étaient enlevés ou amenés de force dans des villes européennes et américaines, où ils étaient exposés au public dans des cages, comme dans des zoos, ou dans des villages artificiels clôturés.
Fabrication d'une supériorité raciale
Les zoos humains étaient en réalité un outil de propagande utilisé par les puissances coloniales occidentales pour consolider leur domination économique, culturelle et idéologique.
Par ces expositions, la société occidentale opposait son propre monde « civilisé » au mode de vie « primitif » ou « sauvage » des peuples présentés, perpétuant ainsi le mythe de la supériorité de l'homme blanc.
Cette situation a également servi à légitimer moralement le colonialisme : elle a permis, par exemple, de présenter au public occidental les massacres et le pillage des ressources en Afrique comme une « aide humanitaire » et une « modernisation ».
Le célèbre poème Le fardeau de l'homme blanc (1899) de Rudyard Kipling résumait cette propagande idéologique.
Selon Kipling, il s'agissait d'un devoir sacré, confié à l'homme blanc par Dieu, de sauver les indigènes de la sauvagerie en les éduquant.
Certains anthropologues et scientifiques du XIXe siècle, tels que Samuel George Morton et Ernst Haeckel, étudiaient ces peuples en les qualifiant de « chaînon manquant de l'évolution » ou de « race inférieure », et cherchaient à fabriquer des preuves pseudo‑scientifiques pour étayer leurs théories racistes.
Quand la propagande devint « science »
Les Noirs, les Amérindiens et les Asiatiques, en revanche, étaient placés sur les échelons inférieurs de cette échelle évolutive, présentés comme « une forme de transition entre l'homme et le singe » ou « des enfants dans des corps d'adultes ». C'était précisément la sordide « logique » qui aboutit à placer des personnes noires dans les mêmes cages que des singes dans les zoos humains.
Tout comme les minerais pillés dans les colonies, les populations de ces régions furent elles aussi transformées en marchandises, génératrices d'énormes recettes d'entrée.
En effet, les propriétaires des zoos humains installés à Paris, Hambourg, Stuttgart, Munich, le Bronx, Saint‑Louis, Anvers, Barcelone, Londres, Milan, Varsovie, Bâle et New York sont devenus millionnaires.
Les trafiquants d'êtres humains impliqués dans ce commerce continuent aujourd'hui, par divers moyens, leurs activités.
Carl Hagenbeck, négociant d'animaux sauvages à Hambourg, fut l'un des premiers à organiser des expositions de « sauvages humains », faisant venir des Nubiens, des Esquimaux et des Patagons à partir des années 1870.
On lui attribue historiquement l'invention du zoo humain moderne — connu en Allemagne sous le nom de Völkerschauen (« expositions ethnologiques » ou « spectacles ethniques »). Son héritage est profondément lié à l'institutionnalisation du racisme scientifique et à la propagande coloniale.
Empire, divertissement et profit
L'Exposition universelle de Paris de 1889 fut l'une des plus grandes manifestations de propagande colonialiste et d'ethnologie de masse de l'histoire.
Installés au cœur d'une célébration placée sous le thème de la « liberté et de l'égalité » — marquant le centenaire de la Révolution française — les « zoos humains » révélaient l'identité colonialiste des puissances européennes de l'époque.
Lors de cette exposition colossale, un « Village nègre » fut installé à l'ombre de la tour Eiffel. Plus de 400 indigènes amenés des colonies y furent exposés à des millions de visiteurs, à demi‑nus et confinés dans des enclos ressemblant à des cages.
Dans le cadre de l'Exposition coloniale de 1907, six « villages indigènes » différents furent temporairement construits dans le bois de Vincennes, à l'est de Paris, pour démontrer la puissance de l'empire colonial.
Des personnes venues de régions telles que Madagascar, l'Indochine, le Congo et le Soudan furent contraintes de vivre dans ces villages artificiels et d'y exécuter des cérémonies scénarisées.
Des dizaines d'indigènes, qui n'étaient pas protégés contre le froid automnal parisien ni contre les maladies étrangères contractées en Europe (telles que la tuberculose et la variole), perdirent la vie pendant l'exposition.
Certains des défunts furent enterrés directement dans ce jardin.
L'exposition perfectionna le concept consistant à « exposer des humains et des animaux dans le même décor naturel », développé par le marchand d'animaux Carl Hagenbeck.
L'ajout d’éléphants indiens et de chameaux, venus des colonies, renforça encore la perception de « nature sauvage ».
La technologie cinématographique naissante de l'époque représentait ces peuples comme des sauvages coloniaux. Les visiteurs de Vincennes pouvaient voir ces « créatures exotiques » à l'écran en direct et même leur jeter de la nourriture.
L'Exposition coloniale internationale de 1931, quant à elle, marqua l'apogée des « zoos humains » en France.
L'exposition, qui dura six mois, fut visitée par environ 33 millions de personnes. Pour satisfaire le désir des visiteurs de voir des « peuples sauvages », les organisateurs forcèrent les Kanaks, peuples autochtones de Nouvelle‑Calédonie, à manger de la viande crue alors qu'ils étaient enfermés dans des cages.
Le début de la résistance
Alors que l'exposition de 1931 se déroulait, des intellectuels et des artistes en France, parmi lesquels Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard, lancèrent une campagne importante contre cette barbarie. Ils diffusèrent des tracts intitulés « Ne visitez pas l'Exposition Coloniale ».
C'est précisément à cette époque — lorsque ces théories pseudo‑scientifiques étaient portées à la connaissance du public — que les « zoos humains » jouèrent un rôle très important.
Lorsqu'un Européen ordinaire voyait un indigène, à demi nu derrière une cage, forcé de manger de la viande crue et exécutant des danses primitives, il croyait de ses propres yeux à la véracité de la propagande qu'il avait lue dans les journaux : « Nous sommes supérieurs ; nous devons les civiliser ».
Ces expositions servaient d'excellent opium de masse, faisant taire les voix des dissidents occidentaux qui remettaient en question la légitimité des richesses tirées des colonies et les dépenses militaires engagées.
Les zoos humains perdirent de leur popularité après les années 1930, avec l'éveil progressif d'une conscience antiraciste et le début des luttes d'indépendance des colonies.
Cependant, le dernier vestige de cette honte s'étend jusqu'à la dernière exposition de « village du Congo » organisée à l'Exposition universelle de Bruxelles de 1958.
Aujourd'hui, l'anthropologie moderne et les études historiques considèrent cette période comme l'un des legs culturels les plus sombres du colonialisme.
L'auteur, Ali BİLGENOĞLU, est professeur associé au Département des Relations Internationales, Faculté des Sciences Politiques, Université Aydın Adnan Menderes, Türkiye.
Avertissement : Les opinions exprimées par l'auteur ne reflètent pas nécessairement les opinions, points de vue et politiques éditoriales de TRT Afrika.




















