Par Susan Mwongeli
Les appels à une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU se sont à nouveau multiplié à l’Assemblée générale des Nations unies.
Mais ce débat n’est pas nouveau.
Depuis au moins deux décennies, des dirigeants mondiaux font valoir qu’un organe créé il y a plus de 80 ans ne reflète plus le monde qu’il représente.
Ce message a été repris par les dirigeants d’hier et d’aujourd’hui.
« Nous avons demandé, demandé et encore demandé : réformez, réformez le Conseil de sécurité de l’ONU », avait déclaré l’ancien président zimbabwéen Robert Mugabe lors d’un de ses discours à l’Assemblée générale des Nations unies.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a résumé à plusieurs reprises son argumentation en une seule phrase : « Le monde est plus grand que cinq. »
De son côté, le secrétaire général sortant de l’ONU, António Guterres, a également appelé le Conseil à mieux refléter « le monde d’aujourd’hui ».
Au cœur du débat
L’Afrique est au cœur du débat.
Bien qu’elle compte 54 des 193 États membres de l’ONU, l’Afrique ne dispose d’aucun siège permanent.
« L'Afrique doit se voir accorder une représentation permanente au Conseil de sécurité de l'ONU, assortie de tous les droits et responsabilités qui en découlent », a souligné le président ghanéen John Magama lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre 2026.
Alors, pourquoi la réforme s'est-elle avérée si difficile ?
Créé en 1945 lors de la fondation de l'ONU, le Conseil a pour mission principale de maintenir la paix et la sécurité internationales.
Il peut imposer des sanctions, mettre en place des opérations de maintien de la paix et autoriser le recours à la force.
Il compte aujourd’hui 15 membres : dix élus pour un mandat de deux ans et cinq membres permanents, appelés les « P5 » — la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis —, qui disposent d’un droit de veto.
Le vote négatif d’un seul d’entre eux suffit à bloquer une résolution. Il est extrêmement difficile de modifier cette structure.
En vertu de l’article 108 de la Charte des Nations unies, tout amendement doit être approuvé par les deux tiers de l’Assemblée générale et ratifié par les deux tiers des États membres, y compris les cinq membres permanents.
En d’autres termes, ceux à qui l’on demande de partager le pouvoir doivent y consentir.
Les rivalités entre les cinq membres permanents constituent un obstacle supplémentaire.
Certains pays devraient également modifier leur législation nationale pour pouvoir ratifier tout amendement à la Charte, ce qui pourrait compliquer l’élargissement du Conseil même si les dirigeants y donnaient leur accord.
Partage du droit de veto
Des divergences subsistent également quant à savoir qui devrait se voir attribuer de nouveaux sièges permanents et si ces pays devraient disposer d'un droit de veto.
Les cinq membres permanents ne semblent pas disposés à partager le droit de veto, tandis que certains pays qui ne sont pas membres permanents souhaitent sa suppression ou sa limitation.
Cependant, l’Afrique continue de faire pression, réclamant au moins deux sièges permanents.
L’Inde, le Brésil, l’Allemagne et le Japon ont également demandé à devenir membres permanents, tandis que d’autres sont favorables à une extension des sièges élus uniquement.
« La réforme de cette institution (les Nations unies) doit commencer par la reconstitution du Conseil de sécurité, car le monde de 2026 ne peut rester prisonnier de la répartition du pouvoir de 1945. L’Afrique ne peut continuer à occuper l’ordre du jour du Conseil tout en restant absente de ses sièges permanents », a déclaré le vice-président nigérian Kashim Shettima devant l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2026.
Le Nigeria réclame « au moins deux sièges permanents pour l’Afrique, assortis de tous les droits et responsabilités liés au statut de membre permanent, y compris le droit de veto tant qu’il existera, ainsi que cinq sièges non permanents au total », a indiqué Shettima, qui représentait le président Bola Tinubu.
Le Conseil est passé de 11 à 15 membres en 1965, mais la composition de ses membres permanents est restée inchangée depuis 1945.
Ainsi, après des décennies d’appels, l’obstacle principal demeure : comment redistribuer le pouvoir lorsque ceux qui le détiennent ont un mot décisif à dire sur le partage de celui-ci ?






















