FAO : la dégradation des sols s’aggrave, les solutions tardent
AFRIQUE
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FAO : la dégradation des sols s’aggrave, les solutions tardentLancé lors de la COP17, le rapport 2026 de la FAO dresse un constat alarmant sur la dégradation mondiale des sols et la lente mise en œuvre des solutions éprouvées.
Des pratiques éprouvées telles que la diversification des cultures et les cultures de couverture peuvent atténuer les menaces.

Par Pauline Odhiambo

Le soleil se lève sur les collines ondulantes de Kimilili, au Kenya, projetant de longues ombres sur une parcelle de terre qui raconte une histoire de rédemption silencieuse. Pendant près de deux décennies, Samuel Barasa a travaillé ce sol, brûlant les résidus de culture après chaque récolte, sans se rendre compte qu'il détruisait peu à peu la terre dont il dépendait.

« Je fais partie des agriculteurs qui avaient l'habitude de brûler les résidus de maïs et la végétation sèche dans les champs, sans savoir le mal que je faisais à mon sol », se rappelle-t-il avec regret.

Aujourd'hui, cette même terre palpite de vie : épinards, haricots et tomates prospèrent là où rien ne pouvait pousser auparavant. La récolte de Samuel est passée de trois à quinze sacs.

Mais son histoire n'est pas seulement un succès personnel : elle met en garde contre le fait que des solutions urgentes et nécessaires ne se diffusent pas assez rapidement.

Sur le continent, dans les rizières de l'État de Nasarawa, au Nigeria, Fatima Ibrahim connaît bien cette lutte. Pendant des années, la mère de cinq enfants semait 150 kilogrammes de graines de riz à la volée sur sa parcelle, pour ne récolter que 18 sacs — à peine de quoi rembourser ses prêts.

« Au moment où je remboursais avec ma récolte, il ne restait presque rien pour ma famille », dit Fatima. « Nous avons à peine survécu. »

Puis est venue la formation à l'agriculture régénératrice.

Au lieu de semer à la volée, elle a planté en lits de pépinière. Au lieu de 150 kilogrammes, elle n'en utilise désormais que 50. Elle a commencé à produire du biochar, un amendement naturel pour les sols. La transformation a été stupéfiante : sur la même parcelle, elle récolte maintenant 60 sacs.

« Mes revenus ont doublé et la vie à la maison est beaucoup plus sereine », dit-elle.

Gestion durable des sols

Ces récits tranchent avec le tableau sombre dressé par un nouveau rapport majeur de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Lancé lors de la COP17, l'état des ressources mondiales en sols 2026 rend un verdict sans concession : la dégradation des sols s'aggrave à l'échelle mondiale, et l'adoption de solutions éprouvées reste dangereusement lente.

Depuis 2015, la population mondiale a augmenté de 800 millions de personnes. Plus de la moitié des évaluations régionales indiquent une faible adoption de la gestion durable des sols. 58 % signalent une tendance à la détérioration depuis 2015 ; seulement 10 % montrent une amélioration.

L'érosion des sols apparaît comme la menace la plus grave. Dans sept régions, 81 % des évaluations jugent la gestion de l'érosion mauvaise ou très mauvaise.

Comme le dit sans détour Ibrahim Thiaw, Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) : « La terre est le fondement de notre prospérité et de notre stabilité. Lorsque nous dégradons la terre, nous sapons notre propre avenir. Ce n'est pas une menace lointaine — cela se produit maintenant, sur chaque continent, et cela s'accélère plus vite que notre capacité à répondre. »

Mais l'écart entre la connaissance et l'action est profondément frustrant. Des pratiques éprouvées — réduction du travail du sol, diversification des cultures, cultures de couverture, amendements organiques et agroforesterie — peuvent atténuer les menaces pesant sur les sols tout en maintenant la productivité. Ce ne sont pas des concepts expérimentaux, et pourtant leur adoption traîne.

La directrice générale adjointe de la FAO, Beth Bechdol, déclare : « Nous disposons aujourd'hui de bien meilleures preuves sur les pressions qui pèsent sur les sols du monde — et sur les pratiques qui peuvent les protéger et les restaurer. Mais ce rapport montre clairement que les solutions éprouvées ne sont toujours pas adoptées au rythme et à l'échelle nécessaires. La priorité est maintenant de fournir aux pays, aux agriculteurs et aux autres utilisateurs des terres les connaissances, les capacités et les incitations dont ils ont besoin. »

Ingéniosité des agriculteurs

Les raisons sont complexes. Des agriculteurs comme Samuel et Fatima n'ont pas résisté au changement par obstination : ils manquaient d'information et d'accès. Au Kenya, près de 63 % des terres arables sont acides, et pourtant de nombreux agriculteurs n'ont jamais appris à tester ou à traiter leurs sols. Le coût est le principal obstacle (35 %), suivi des besoins en main-d'œuvre (22 %) et du manque de connaissances (20 %).

Pourtant, l'ingéniosité des agriculteurs laisse entrevoir de l'espoir. George Muturi Kamau, dans la région de Lari au Kenya, s'est tourné vers les vers rouges pour sauver sa terre de la dégradation chimique. Son opération de vermicompostage transforme les déchets en un riche engrais organique. « Notre sol est bien meilleur, au point que nous pouvons maintenir les cultures même pendant la saison sèche. »

L'orientation conjointe FAO-CNULCD, « Sols vivants, terres productives, paysages résilients », appelle à une gestion intégrée des paysages productifs. Cinq priorités guident cette approche : renforcer la gouvernance des sols, promouvoir l'éducation, améliorer le suivi, renforcer les incitations et favoriser une prise de décision inclusive.

Pour Fatima Ibrahim, ces principes ne sont pas abstraits — ils représentent une nouvelle vie. Avec l'augmentation de ses revenus, elle a acheté des terres, rénové sa maison et acheté des pompes à eau qu'elle loue à d'autres agriculteurs. « Les gens viennent voir ma ferme, constatent les résultats et m'achètent des semences. »

Et pour Samuel Barasa, l'homme qui affamait autrefois son sol sans le savoir, le parcours est bouclé. Devenu formateur d'agriculteurs dans son village, il parle avec une tranquille autorité. « Je suis un homme heureux car mon sol produit là où il ne produisait pas. »

SOURCE DE L'INFORMATION:TRT Afrika