| Français
Débats
TÜRKİYE
7 min de lecture
Le pacte de La Mecque pourrait être le modèle d'une nouvelle architecture de sécurité régionale
Le pacte de défense trilatéral signale la volonté des États régionaux de se tourner au-delà des alignements de sécurité occidentaux traditionnels.
Le pacte de La Mecque pourrait être le modèle d'une nouvelle architecture de sécurité régionale
Recep Tayyip Erdogan (Turquie), Mohammed ben Salmane (Arabie saoudite) et Shehbaz Sharif (Pakistan) à La Mecque, le 7 août. / REUTERS / Reuters

Par Sabena Siddiqui

La réunion de la Türkiye, du Pakistan et de l'Arabie saoudite sous un même parapluie de sécurité constitue une déclaration géopolitique forte.

Ce constat tient pour une bonne part à des faits simples : Ankara dispose du deuxième plus important contingent militaire de l'OTAN, le royaume d'Arabie saoudite est l'un des principaux exportateurs d'énergie au monde, et le Pakistan est la seule puissance nucléaire du monde musulman.

Intervenant comme une reconfiguration du Moyen-Orient dans le contexte de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, l'Accord de défense conjoint de La Mecque représente une étape clé vers la restructuration de la sécurité régionale.

Alors que les puissances régionales réévaluent les vulnérabilités mises en évidence par le conflit et les menaces susceptibles d'émerger à la suite de celui-ci, le nouveau triangle stratégique a pris forme.

Mais, comme l'a souligné le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, l'accord « ne désigne aucun ennemi commun et ne vise aucun pays particulier ».

Il s'agit plutôt d'un signal indiquant que les trois pays se tiendront côte à côte face à des menaces de sécurité partagées et chercheront à rétablir un équilibre dans la région.

Ce concept prend de l'importance à un moment où les tensions régionales provoquées par la guerre États-Unis–Iran demeurent non résolues, où les marchés de l'énergie continuent de subir des incertitudes et où les efforts diplomatiques n'ont pas encore produit de résultats durables.

Dans les jours à venir, d'autres pays pourraient rejoindre l'alliance de La Mecque.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a clairement indiqué que l'accord reste « ouvert à la participation de tous les pays frères cherchant la paix, la prospérité et la stabilité » dans la région.

Des indications laissent penser que la prochaine adhésion pourrait être l'Égypte.

L'idée d'une alliance régionale de défense n'est toutefois pas nouvelle.

En janvier de cette année, avant le déclenchement de la guerre avec l'Iran, l'ancien Premier ministre qatari Hamad ben Jassem ben Jaber Al Thani avait plaidé en faveur d'un partenariat de sécurité avec l'Égypte, l'Arabie saoudite, la Türkiye et le Pakistan, le qualifiant d'« besoin urgent ».

Même une fois le conflit Washington–Téhéran achevé, la diversification des partenariats de défense devrait se poursuivre, les États du Golfe ayant apparemment commencé à réévaluer leur situation avant même le début de la guerre avec l'Iran.

Bien qu'ils aient envisagé la sécurité collective et la coordination pendant des années, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) n'a pas été en mesure de mettre en œuvre une stratégie de sécurité conjointe soutenue, même après l'attaque israélienne contre le Qatar en 2025.

Ayant subi de fortes répercussions de la part de l'Iran, les États du CCG risquent d'être attirés vers des dispositifs de sécurité plus multilignes, nonobstant les garanties de sécurité de Washington, car ils ressentent fortement le besoin d'options de repli.

Il est notable que l'Organisation de la coopération islamique (OCI) a exprimé son appréciation et son soutien à l'accord de La Mecque, le qualifiant d'« étape stratégique importante, reflétant l'engagement des trois pays à renforcer la coopération régionale et internationale ».

En fin de compte, si l'accord de La Mecque ne peut pas se substituer au CCG ni aux partenariats de sécurité avec les États-Unis, il pourrait contribuer à synchroniser des États plus petits compatibles sur le plan stratégique.

Un parapluie de sécurité régional ?

En introduisant une dimension géographique à la sécurité du Moyen-Orient, le cadre Türkiye–Arabie saoudite–Pakistan transcende les frontières régionales en créant un axe Anatolie — péninsule arabique — Asie du Sud.

À mesure qu'il s'élargit, ce dispositif trilatéral pourrait se transformer en une plateforme de sécurité plus large, dirigée par des acteurs régionaux.

Le principe de « défense mutuelle » confère à l'accord de La Mecque une portée qui dépasse la coopération militaire conventionnelle, et il peut séduire des États régionaux cherchant à créer des mécanismes de défense plus nets, indigènes et à plusieurs niveaux.

Comme les défis de sécurité du Moyen-Orient traversent les frontières nationales — attaques de missiles et de drones, menaces contre les infrastructures énergétiques, insécurité maritime et cyberguerre — un réseau de sécurité reliant les points forts de chaque membre peut offrir une meilleure réponse.

Chaque État pourrait en fait participer selon son domaine de compétence sans se surcharger ni endosser des obligations de défense identiques.

Mais, au bout du compte, la plus grande épreuve sera la mise en œuvre.

Si l'accord de La Mecque parvient à développer l'interopérabilité et les infrastructures nécessaires pour agir collectivement, il pourrait poser la première pierre d'une architecture de sécurité régionale durable et holistique.

Comme l'accord de La Mecque est censé compléter, et non se recouper ou remplacer, d'éventuels accords ou liens de sécurité préexistants, Ankara, Riyad et Islamabad devront équilibrer leurs engagements au sein d'organisations telles que l'ONU, l'OTAN, l'OCI, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et d'autres accords bilatéraux et multilatéraux.

Puisque l'alliance est purement défensive par nature, elle n'altère pas les engagements des trois États signataires vis‑à‑vis d'accords préexistants avec d'autres pays.

Par exemple, Riyad a récemment signé avec Washington un accord de coopération civile nucléaire entre les États‑Unis et l'Arabie saoudite, bien que certains termes restent à négocier.

Le royaume dispose également d'un pacte de défense exclusif avec le Pakistan dans le cadre de l'Accord stratégique de défense mutuelle (SMDA) depuis septembre de l'année dernière, qui considère une agression contre l'un comme une agression contre les deux.

D'autre part, Ankara est membre de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), évoluant dans un cadre de sécurité transatlantique établi. Parallèlement, la Türkiye a entretenu des liens stratégiques avec le Pakistan pendant des décennies.

Récemment, Islamabad et Ankara ont rejoint une coalition maritime multinationale dirigée par l'Arabie saoudite, composée de 14 membres, distincte de l'accord de La Mecque et visant à protéger leurs routes maritimes commerciales et énergétiques contre les attaques houthies en mer Rouge.

Cependant, leur participation à cette coalition correspond à la coopération opérationnelle qui pourrait, hypothétiquement, être requise en vertu de l'accord de La Mecque.

La Turquie comme pont

Pour la Türkiye, l'accord revêt une signification particulière parce qu'il renforce l'image d'Ankara comme un acteur de sécurité dont l'influence s'étend de plus en plus au‑delà de son voisinage immédiat.

En approfondissant son partenariat militaire avec le Pakistan puis avec l'Arabie saoudite, la politique étrangère réussie d'Ankara a abouti à l'Alliance de La Mecque que l'on observe aujourd'hui.

Les liens de défense Turquie–Pakistan sont profondément enracinés.

Le Pak‑Turk Military Consultative Group (MSG) a été créé en 1988, les premières discussions militaires de haut niveau ont eu lieu en 2003, et la Türkiye est devenue en 2018 le deuxième fournisseur d'armement du Pakistan après la Chine.

Parallèlement, le Conseil de coordination turco‑saoudien a été établi lors de la visite officielle du roi Salman en Türkiye en 2016, la première réunion ayant eu lieu en 2017.

Bien qu'elle fasse partie du réseau de sécurité européen via l'OTAN, la Türkiye entretient des liens diplomatiques, économiques et de défense étendus au Proche‑Orient, en Asie centrale, en Afrique et en Asie du Sud.

Et maintenant, l'accord de La Mecque offre à la Türkiye la possibilité de servir de pont entre le Golfe et l'Asie du Sud.

Alors que les États de la région diversifient de plus en plus leurs liens de sécurité, en parallèle de leurs engagements au sein de l'OTAN, Ankara pourrait opérer sur différents théâtres régionaux sans rester confiné à un seul bloc géopolitique.