Par Sylvia Chebet
À bord d'un navire de croisière de luxe, loin de toute côte, une épidémie se préparait discrètement.
Au moment où les autorités sanitaires ont compris de quoi il s'agissait, un couple néerlandais était décédé à quelques jours d'intervalle — victimes d'une souche rare et potentiellement mortelle de hantavirus.
Pourtant, le principal porteur du virus restait introuvable. Aucun rongeur infecté n'avait été identifié à bord. Aucune source d'exposition claire n'avait encore été confirmée.
Des enquêteurs internationaux se précipitent désormais pour répondre à une liste croissante de questions. Un rongeur infecté se cachait-il quelque part à bord ? Le couple a-t-il contracté le virus avant d'embarquer ? Où l'exposition a-t-elle eu lieu lors de voyages antérieurs, bien avant le départ de la croisière ?
Origines
Le hantavirus est une maladie zoonotique rare principalement portée par les rongeurs. Les spécialistes de la santé expliquent que l'infection survient généralement après l'inhalation de particules contaminées provenant d'urine, de salive ou d'excréments de rongeurs — surtout dans des espaces clos ou mal ventilés.
Cette flambée implique la souche des Andes du hantavirus, l'une des rares variantes capables de se transmettre d'une personne à une autre par contact étroit.
Cette possibilité a transformé ce qui aurait pu débuter comme une infection d'origine rodentielle en une urgence sanitaire publique internationale complexe.
Selon l'Organisation mondiale de la Santé, 11 cas ont désormais été liés à l'épidémie, dont neuf confirmés et deux probables.
Les cas les plus récents — signalés aux États-Unis, en Espagne et en France — concernaient tous des passagers déjà présents à bord du navire.
Jusqu'à présent, aucune transmission plus large au sein des communautés n'a été confirmée. Le directeur du programme de riposte d'urgence pour l'Afrique de l'OMS, le Dr Patrick Otim, indique que les enquêteurs se concentrent désormais fortement sur la recherche de la source initiale d'exposition.
Des évaluations environnementales sont en cours pour déterminer si des rongeurs étaient présents à bord du navire ou dans des lieux visités par les passagers avant le début de la traversée.
Les enquêteurs examinent les antécédents de voyage, les lieux d'hébergement et les expositions environnementales liées aux premiers patients identifiés.
Des équipes de laboratoire effectuent également le séquençage génomique et des investigations écologiques, y compris des tests sur des rongeurs liés aux sites d'exposition possibles.
Les scientifiques espèrent que l'analyse génétique du virus permettra de déterminer si cette souche est liée à des flambées antérieures en Amérique du Sud, en particulier en Argentine, où des poussées du virus des Andes ont déjà eu lieu.
Une théorie principale est que les premiers passagers infectés ont pu contracter le virus avant d'embarquer.
L'OMS indique que le calendrier soulève des questions importantes. Le premier patient aurait développé des symptômes seulement cinq jours après l'embarquement — une fenêtre relativement courte étant donné que l'incubation du hantavirus peut durer plusieurs semaines.
« Nous savons qu'ils ont embarqué le navire le 1er avril, et que l'homme a ensuite développé des symptômes aux alentours du 6 avril — donc en moins d'une semaine », note Otim, ajoutant : « Il est donc le plus plausible que tous deux aient pu être exposés avant d'embarquer. »
Mais une fois à bord, les conditions ont pu accélérer la transmission. Les passagers partageaient des salles à manger, des espaces de divertissement et des espaces de vie confinés pendant de longues périodes — des conditions idéales pour une propagation par contact étroit.
L'OMS précise que tous les passagers ayant débarqué du navire sont désormais considérés comme des contacts à haut risque.
« Il y a une nuance importante ici », explique Otim, en précisant que le hantavirus n'est pas un virus unique mais un groupe de virus apparentés. « La souche particulière impliquée dans cette épidémie — le virus des Andes — a une période d'incubation maximale pouvant atteindre 40 jours. »
« C'est pourquoi les directives de l'OMS recommandent de surveiller tous les passagers et contacts issus de la croisière pendant 42 jours. S'ils ne développent aucun signe ni symptôme pendant cette période, ils sont considérés comme pouvant reprendre leurs activités normales. »
Symptômes et syndrome pulmonaire
Les autorités sanitaires exhortent les passagers à signaler immédiatement des symptômes tels que fièvre, maux de tête, courbatures, fatigue, nausées ou douleurs abdominales.
Parce que ces premiers signes sont non spécifiques et peuvent facilement être confondus avec des maladies courantes, les contacts à haut risque sont invités à alerter les autorités dès l'apparition de l'un d'eux.
Les médecins avertissent que la maladie peut rapidement devenir mortelle dès l'apparition de complications respiratoires.
Otim indique que si la maladie n'est pas détectée précocement, les patients peuvent évoluer vers ce qu'il décrit comme la « phase du syndrome pulmonaire », où leur état se détériore rapidement.
« Ils développent des douleurs thoraciques, une toux et des difficultés respiratoires, et s'ils ne bénéficient pas d'un soutien ventilatoire urgent, ils peuvent rapidement mourir », dit-il. « C'est ce qui est arrivé à l'épouse du premier patient, qui s'est effondrée soudainement et est décédée. »
L'OMS indique que des mesures agressives de confinement ont été mises en place pour interrompre la transmission avant que l'épidémie ne se propage davantage.
Les interactions entre passagers à bord ont été restreintes, les débarquements ont été strictement contrôlés et des vols d'évacuation spécialement organisés pour minimiser les contacts extérieurs.
L'agence sanitaire mondiale souligne que la coordination internationale a également joué un rôle crucial, les pays partageant rapidement les listes de passagers, les informations de traçage des contacts et les alertes sanitaires en vertu du Règlement sanitaire international.
Endiguement réussi ?
Pour l'instant, les autorités sanitaires relèvent un signe encourageant. Malgré la gravité du virus, tous les cas connus restent liés au groupe initial de passagers du navire.
Si aucun cas supplémentaire n'apparaît pendant la période de surveillance, l'OMS indique que cela signifierait que les efforts d'endiguement ont réussi à interrompre la transmission.
Selon le spécialiste de la réponse d'urgence, « ce serait un grand succès de santé publique si nous parvenions à contenir cela sans générer d'autres cas à partir des contacts. »
Otim ajoute également que les tests sérologiques pourraient aider à identifier des personnes exposées au virus mais n'ayant développé que des symptômes légers ou aucune maladie, en détectant des anticorps dans leur sang.
Ces résultats pourraient fournir des informations précieuses pour de futures recherches sur les diagnostics, les traitements et le développement éventuel d'un vaccin.
Pour les enquêteurs, la course se poursuit désormais sur deux fronts : empêcher la propagation du virus et retrouver le lien invisible avec les rongeurs qui a peut‑être déclenché l'épidémie.













