Mardi soir, à Buenos Aires, tout semblait pourtant parfait. L’Argentine a battu le Bénin 3-0 pour ce qui était présenté comme l’une des dernières sorties de Messi avec la sélection. Le capitaine argentin a même marqué.
À Cotonou, le quotidien public La Nation saluait une belle vitrine pour le pays : « Les Guépards vendent le Bénin au monde entier. »
Avant le match, le défenseur béninois Mohamed Tijani résumait l’état d’esprit : « Je vais le regarder et lui dire : “Messi, tu es un Dieu”. C’est le meilleur joueur du monde. »
Pour la Fédération béninoise, participer à cette rencontre était aussi un « privilège ».
Mais derrière le spectacle, les conditions de voyage et d’accueil étaient beaucoup moins glamour.
Des conditions « pas au top »
Pour rejoindre Buenos Aires, la délégation béninoise a dû effectuer un long voyage sur plusieurs jours.
Sur place, l’hôtel aurait notamment manqué d’eau chaude. Les conditions d’entraînement étaient également « pas au top », selon un membre de la délégation cité par l’AFP.
Plus surprenant encore : selon des informations du journaliste indépendant Romain Molina, les fédérations africaines invitées n’auraient pas bénéficié des recettes générées par ces rencontres, malgré les importantes retombées potentielles liées à la billetterie et aux droits TV.
Un connaisseur du football africain explique cette situation par un système bien rodé : « Les fédérations africaines acceptent ces deals parce que tout est pris en charge. »
Mais il reconnaît aussi que « les conditions d’acheminement et d’hébergement sont au rabais ».
Le Burkina, scénario encore plus chaotique
Quelques jours plus tôt, le Burkina Faso avait vécu une situation encore plus spectaculaire.
À la veille du match contre l’Argentine, les Étalons étaient toujours bloqués à Casablanca après l’annulation de leur vol.
Conséquence : la quasi-totalité des joueurs professionnels a refusé d’embarquer au dernier moment.
Le Burkina a finalement envoyé une équipe U23 en urgence.
Arrivés quelques heures seulement avant le coup d’envoi, les jeunes joueurs, épuisés et en plein décalage horaire, ont lourdement perdu : 7-0 face aux vice-champions du monde.
Une situation qui a provoqué la colère du capitaine Ibrahim Traoré.
« Notre football est malade et nous allons trouver des remèdes », a déclaré le chef de la junte burkinabè, promettant des « décisions importantes ».
Qui profite vraiment de ces matchs ?
La question est désormais posée : qui gagne de ces rencontres ?
Les fédérations africaines acceptent-elles des conditions trop faibles pour avoir l’occasion d’affronter l’Argentine ? Ou l’AFA profite-t-elle de la popularité de Messi pour multiplier les recettes ?
L’AFA, qui traverse des difficultés financières, fait par ailleurs l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent présumé. Son président, Claudio Tapia, est également soupçonné d’évasion fiscale.
En Argentine, certains médias et internautes parlent même de matchs « chatarra », autrement dit des rencontres au rabais.
L’Argentine avait déjà affronté la Mauritanie et la Zambie avant le Mondial, deux sélections moins bien classées. Elle avait aussi obtenu plusieurs millions d’euros pour se déplacer en Angola en novembre 2025 à l’occasion des 50 ans de l’indépendance du pays.
Le Burkina demande des changements
Ibrahim Dianda, cadre de la Fédération burkinabè, prévient déjà pour la prochaine fenêtre internationale :
« Si rien ne change dans les rapports entre les différentes parties prenantes, nous risquons de revivre les mêmes difficultés. »
L’AFA, de son côté, affirme avoir « respecté ses engagements contractuels » pour le match contre le Burkina.
Mais une question demeure : derrière les affiches prestigieuses et les dernières danses de Messi, qui paie réellement le prix de ces matchs ?



















