L'Assemblée nationale du Sénégal, largement dominée par l'opposition, a rejeté mardi le projet de budget rectificatif 2026 présenté par le gouvernement et jugé crucial pour redresser les finances publiques de ce pays surendetté et actuellement en négociations avec le FMI pour une aide financière importante.
Le rejet de ce projet de loi rectificatif jette l'incertitude sur l'aide de 2,2 milliards de dollars attendue du Fonds monétaire international (FMI), dont le conseil d'administration n'a toujours pas approuvé l'accord conclu en septembre entre l'institution internationale et les autorités sénégalaises.
"Le projet de loi (sur le budget rectificatif) est rejeté", a déclaré le président de la séance de l'Assemblée nationale réunie en plénière, El Malick Ndiaye.
La majorité parlementaire avait déjà à deux reprises rejeté en commission le texte en octobre. Sur 132 votants des 165 députés de l'Assemblée, 109 ont voté pour le rejet et 20 contre. Trois députés se sont abstenus, selon les résultats du vote communiqués par Ndiaye, lors d'une session tendue marquée par des échanges parfois houleux.
Les débats ont été écourtés après une demande du député Amadou Ba, membre du parti majoritaire Pastef, se fondant sur des dispositions parlementaires permettant de passer directement au vote du texte, sans discussion.
"Nous n'avons pas pu disposer de toutes les données pertinentes" pour apprécier le budget révisé, a dit Ba, reprochant au gouvernement de n'avoir pas communiqué à l'Assemblée des documents.
De son côté, le président du groupe parlementaire du même parti, Ayib Daffé, a invoqué un manque "de sincérité budgétaire" dans le texte présenté par le gouvernement. "Les mesures présentées contre la vie chère ne nous conviennent pas. (Il n'y a) aucune mesure prévue pour stabiliser les prix du carburant" et éviter une hausse éventuelle, a dit en outre Daffé.
Le ministre des Finances Cheikh Diba, amer, a affirmé : "Ce n'est pas bon de jouer. Vous n'avez que le prétexte de sincérité budgétaire pour remettre en cause un projet aussi important que le projet de loi de finances rectificative", a-t-il dit.
Le budget révisé vise à prendre en compte la forte hausse des prix des hydrocarbures, due notamment aux tensions au Moyen-Orient, la baisse de recettes fiscales attendues d'un récent plan de redressement gouvernemental et la hausse du service de la dette, selon un document parlementaire transmis mardi à l'AFP.
L'enveloppe pour soutenir les tarifs dans l'électricité et l'approvisionnement en gaz domestique est par exemple passée d'une prévision de 250 milliards de FCFA (plus de 381 millions d'euros) à plus de 790 milliards de FCFA (plus de 1,2 millions d'euros).
Le gouvernement a indiqué, lors des travaux en commission le 30 octobre, qu'une non approbation du budget révisé compromettrait notamment la fourniture de l'électricité et le paiement de la dette due aux entreprises et des rappels de salaires aux enseignants.
Le Sénégal est confronté à une dette publique estimée à 132% du PIB à la fin de l'année 2024. Le parti Pastef est dirigé par le président de l'Assemblée nationale Ousmane Sonko, brouillé avec le président Bassirou Diomaye Faye, son ancien allié de longue date.


















